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Que faire quand on a déjà tout fait ? Qu’écrire, que composer, que chanter, que jouer quand on a à son actif Sketches of SpainCars and CarsThe Ballroom of RomanceSugar River ou Blue Things, exemples parmi toutes ces merveilles qui jalonnent un parcours de plus de quarante années au service de la pop la plus noble ? Les Nits, qui ont passé leur vie à magnifier la matière chanson pour façonner tant de diamants, ont choisi de répondre à ces questions en prenant la tangente.

L’option qui consiste, à plus de soixante-cinq ans, à se remettre en question pour proposer, de loin, leur disque le plus expérimental, est compréhensible quand il s’agit, cinq ans après leur précédent album (intervalle inédit jusque-là pour les hollandais), Malpensa (2012), de retrouver l’excitation et la part d’inédit des débuts, surtout quand le temps qui passe et presse rend vaine la livraison d’une collection de morceaux comme les autres de plus. Elle est aussi très courageuse, quand le public qui suit le groupe depuis des décennies risque de décrocher alors que la fanbase des Nits est leur première richesse. On pense, en moins radical, au virage à 180 degrés sans retour en arrière pour autant réalisé par Talk Talk en 1988 avec Spirit of Eden.

Alors certes, la prise de risques et la bizarrerie ne sont pas nouvelles dans l’oeuvre des Bataves : il suffit de réécouter Zebra sur New Flat (1980) pour se convaincre que le groupe a en lui un grain de folie. Around The Fish  sur Giant Normal Dwarf (1990) ou le ghost track Orange en fin de Da Da Da (1994) avaient ce côté un peu perché. Depuis Alankomaat (1998), des envies de liberté pointaient.  Mais jamais, sur la longueur d’un album, la part mélodique qui fait, à juste titre, leur réputation, et qui avait trouvé son expression la plus pure sur Strawberry Wood (2009) n’avait semblé, à première écoute, à ce point ne plus occuper le premier plan. Les timides pas recensés en cette direction sur Malpensa, et qui laissaient celui-là parfois un peu l’arrière-train entre deux sièges, se sont transformés en immenses enjambées vers des territoires qu’ils n’avaient jamais foulés.

Dès le morceau d’ouverture, Yellow Socks & Angst, cette voix étranglée et plaintive choque : est-ce bien de la gorge d’Henk Hofstede que jaillit ce timbre ? Plus de doute quand survient ce refrain et ce clavier qui martèlent, puis la douceur qui reprend provisoirement le dessus, mais le trio maintient ce niveau d’innovation et de fraîcheur durant les dix morceaux qui composent le disque.

Passé Flowershop Forget-Me-Not, le plus classique (on n’ose pas écrire le plus Nitsien) du lot, l’auditeur replonge dans un monde où, comme lors d’une plongée dans l’obscurité, il faut prendre de nouveaux repères. Bienvenue dans un monde où une idée musicale peut être épuisée par répétition (Along A German River) ou non dupliquée s’il le faut, où la si subtile batterie de Rob Kloet (ici crédité des “prepared drumset and electronics”) peut se faire mécanique ou quasi-liquide, ou Robert-Jan Stips abandonne souvent ses motifs de claviers étincelants et ses crescendi-decrescendi pour des touches impressionnistes, et où Henk le magnifique change sans cesse de ton, acerbe (Pockets of Rain), flou ou tendre.

On évolue ainsi d’une incantation aux atours de prière (Two Sisters, après Two Skaters sur In The Dutch Mountains en 1987 et Three Sisters sur Alankomaat, et un sample qui rappelle celui, mouvant et émouvant, d’Under A CanoeHenk, 1986-) à un jazz languide (Breitner on a Kreidler).  L’antithèse du middle of the road Da Da Da, leur unique ratage, tout se tient finalement. Radio Orange et son arythmie flottante sont peut-être les plus significatifs de cette optique, et fonctionnent superbement.

C’est comme si la formule mélodique des Nits avait été contractée, essentialisée, avant d’être malaxée puis, dans un mouvement inverse, distendue, dilatée et répandue un peu partout dans les notes jouées par les musiciens. Grâce à ce procédé, Angst trouve une cohérence que le groupe n’avait pas montrée depuis le livre d’images chatoyant de Giant Normal Dwarf et l’ascèse paradoxalement éblouissante de Ting (1992), leur référence dans la conscience collective.

Cette cohérence passe ici par une thématique d’ensemble, l’évocation des Pays-Bas sous l’occupation de l’Allemagne nazie, et la vie après la libération. Un concept qui n’est pas propice à la franche gaudriole, et les paroles comme le climat portent la marque d’une certaine mélancolie. “We live a while … Then we die. Goodbye” (Flowershop), “We live in photographs. We live in memories. Until we fade away” (Breitner on a Kreidler). Le temps qui passe, toujours. Les fondamentaux  du groupe ne sont pas oubliés pour autant : l’humour (“No milk today I’m a cow with spleen” sur Cow With Spleen, en écho à Herman’s Hermits, l’artwork magnifiquement soigné comme d’habitude derrière ces boutons multicolores qui orne la pochette, la passion de l’Europe et de ses langues (Lits Jumeaux ou Zündapp Nach Oberheim succèdent à Nescio, Vah Hollanda Seni Seni ou Alankomaat dans la discographie polyglotte du groupe). Et la fidélité à la même équipe d’enregistrement et de production depuis des lustres.

La magie opère donc à nouveau, mais il faudra aller la chercher un peu plus loin, plus profond, comme un filon aurifère qu’on n’aurait pas soupçonné sous les veines de charbon exploités depuis des années. Elle n’en est que plus durable. Ce nouveau minerai en poche, les Nits peuvent, du haut de leur imposante discographie, toiser fièrement la concurrence pop.

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under the lemon tree – NITS (paul lemmens)
http://underthelemontree.nl/pages_B/trein.html

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under the lemon tree – NITS / Giant Normal Dwarf (paul lemmens)
http://underthelemontree.nl/pages_M/sergeant_dwarf.html

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Nits staan ook live nog steeds als een ‘Dutch mountain’


Tekst: Jorien Heemskerk
Beeld: Ronald Rijntjes

Eindelijk was het zover: na een half jaar uitstel vanwege een infectie aan de linkerhand van toetsenist Robert Jan Stips, stonden de Nits afgelopen vrijdag in Den Bosch met hun Malpensa-tour. In het goedgevulde W2 Poppodium lieten ze zien dat niet alleen dit 25e album maar ook hun oudere nummers de tand des tijds moeiteloos kunnen weerstaan.

Door het geroezemoes van de enthousiaste Nits-fans komt het intieme voorprogramma van singer-songerwriter Divera niet helemaal uit de verf. Dat is jammer, want hoewel haar liedjes muzikaal gezien misschien niet allemaal even verrassend zijn, heeft ze met haar warme stem interessante verhalen te vertellen. Bijvoorbeeld over haar reis naar Afghanistan, of iets schijnbaar eenvoudigs als het planten van een zaadje.


Wat dat betreft sluit ze goed aan bij de Nits, die al decennialang over de meest uiteenlopende en weinig voor de hand liggende onderwerpen zingen. Van politieke omwentelingen tot de Schwebebahn in Wuppertal, overal weten ze iets poëtisch van te maken. Ook deze avond laten ze dat horen, zowel via nieuwe nummers van het album Malpensa als ‘oude bekenden’ uit de afgelopen dertig jaar.

Dynamiek en details
Met zijn drieën zorgen Robert Jan Stips, zanger-gitarist Henk Hofstede en drummer Rob Kloet voor een verrassend vol geluid met een grote hoeveelheid diepgang. Dat komt niet alleen door hun dynamische spel en de karakteristieke stem van Hofstede, maar ook door de aandacht voor muzikale details. Van de Arabische klanken in het openingsnummer ‘Five fingers’ tot de banjo in ‘No man’s land’, alles klopt gewoon.


Zo creëren de Nits een muzikaal universum waar je als luisteraar helemaal in op kan gaan. Behalve stevige en swingende nummers, en liedjes met een lekkere flow, zijn er in dat universum ook rustpunten die uitnodigen tot bezinning. Dat gebeurt bijvoorbeeld bij ‘Blue things’ van Malpensa en het iets oudere ‘Les nuits’. Eenzelfde effect heeft het mooie nummer ‘Love-locks’, waarbij Henk Hofstede zijn gitaar verruilt voor een keyboard.

Verbazing
Zelfs de oudste hits blijven krachtig doordat de mannen ze continu vernieuwen. Zo wordt ‘Nescio’, dat in 1983 hun definitieve doorbraak betekende, opvallend ruig uitgevoerd. En ‘In the Dutch mountains’ (1987) krijgt aan het einde een verrassende wending. Ook de Nits zelf lijken nog niet klaar voor hun prepensioen. Ze spelen anderhalf uur non-stop en duidelijk met veel plezier. En wanneer het publiek losbarst in een groot slotapplaus, kijken ze de zaal in alsof ze oprecht verbaasd zijn over hun eigen succes.

De Nits touren met Malpensa nog tot mei 2013 door heel Nederland. Tourdata zijn te vinden op de Nits-website.

Divera geeft op zaterdag 3 november een avondvullend concert in het Kunsthuis Rosmalen, samen met gitarist Andreas Suntrop.
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Le meilleur groupe de vétérans du monde est hollandais et sans doute certains d’entre vous ne le savent même pas. En activité depuis 1974, ils sont encore verts. Les Nits sortent un album intriguant et aventureux, long à décoder, l’étrangement nommé “Angst”.
Voilà 42 ans que les Nits sortent des albums tous plus superbes les uns que les autres, alliant l’expérimentation à la clarté pop. Si l’on devait choisir dans leur discographie des albums à mettre en avant, on aurait l’embarras du choix tant l’inspiration de ceux-là semble féconde. Au moment où j’écris ces mots (mon humeur pourrait changer demain), je désignerais peut-être leur “Adieu Sweet Bahnhof” de 1984 ou l’incontournable “Ting” de 1992 ou encore le plus Pop “Hat” ou “Alankomaat”. Ce n’est pas Leonard Cohen qui vous aurait contredit, lui qui souhaitait engager en backing band l’équipe de Henk Hofstede.
Les Nits n’ont jamais voulu distinguer dans leur démarche une envie d’aller chercher dans les marges sans pour autant rendre hermétique leurs propos. “Angst” en est la parfaite démonstration avec cette volonté de raconter une narration diluée, une histoire sur fond d’images de la seconde guerre mondiale. Mais on retrouve chez eux ce même plaisir à triturer et malaxer à l’image d’un Andy Partridge. Un titre des Nits ne se résume pas à une idée, il est un tout et multiple sans pour autant être baroque. “Angst” est de ces disques à l’étrangeté assumée. Du tribal “Yellow Socks & Angst” au tout en dérive “Radio Orange”, les Hollandais s’amusent à nous dérouter tout en sachant parfaitement où ils veulent nous mener. C’est un disque en dehors de toute zone de confort, pas si loin dans ses structures « alambiquées » de “Giant Normal Dwarf”.
Il y a bien plus d’audace dans la musique de ces soixantenaires que dans la posture de jeunes freluquets de 20 ans. Chez les Nits, pas de syndrome Rolling Stones genre « Vieux croulants appuyés sur leurs acquis ». Non, chez les Nits, c’est un dialogue permanent avec la création, à l’instar de ce “Lits-jumeaux” à interpréter. Il osent quelques clins d’œil à leur discographie passée comme ce “Two Sisters” en écho à d’autres sœurs sur “Alankomaat”. Inventif de bout en bout, “Angst” surprend et intrigue, passionne à tous les coups. On envie cette science du rythme et de la mélopée sur “Pockets of Rain” qui renverra Beirut à ses chères études.
Car tout au long de ce disque, on sent bien que la notion de rythme est au centre des choses comme si chacun des titres se construisait à partir de la batterie et que du tempo découlait toute l’atmosphère. Écoutez “Along A German River” et sa menace liquide ou encore “Cow With Spleen” (quel titre !) pour vous en rendre compte. Les Nits ne se départissent jamais d’une part même parfois incongrue d’humour. La preuve encore d’une audace juvénile. En clôture du disque, “Breitner on a Kreidler” sonne comme une lente et presque désincarnée mélodie Jazzy toute droite sortie d’un film de Lynch. “Zündapp nach Oberheim”, lui pourrait sembler plus classique mais il faudra prêter attention aux arrière-plans, ces paysages comme des synthétiseurs.
Rares sont les artistes qui après plus de 40 ans d’activité conservent une pertinence artistique et une audace du niveau des Nits. On cite souvent “Ting” comme chef d’œuvre des Bataves mais il faudra désormais ajouter “Angst” à leur panthéon. Sans doute que ce disque ne permettra pas au groupe de se faire plus connaître, mais assurément pour ceux qui auraient eu quelques doutes sur la pertinence de leurs compositions, il sera la plus belle démonstration d’un talent intact et d’une expression libre.